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mercredi, octobre 27, 2021
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Crawford et les primates

La forêt classée de Yapo-Abbé abrite un sanctuaire destiné à la protection des chimpanzés. Un projet cher à l’ONG akatia. Au cours de cette rencontre, Sarah Crawford la présidente partage son amour pour ces primates.

D’où vient l’appellation Akatia ?

Akatia est un mot employé dans les langues baoulé et agni pour désigner le singe ou le chimpanzé.

Comment cela a commencé ?

On a commencé d’abord avec les chimpanzés en 2017. La BBC au cours d’une enquête qu’elle a menée a recueilli un bébé chimpanzé. Il m’a été mais  il n’a pas survécu. Il est mort. C’est à ce moment que nous nous sommes rendu compte qu’il faut une sauvegarde pour tous ces animaux en voie de disparition ou orphelins des différents trafics.

Pour porter votre attention sur essentiellement les primates ?

Le choix des primates répond au fait que ce sont des espèces menacées ou espèces clés. Les chimpanzés sont très importants pour la biodiversité ici en Côte d’Ivoire. En vingt ans il n’en reste que mille individus, soit une perte d’environ 90%. Une situation assez critique qui nous a conduit à travailler avec les primates. Il faut dire que nous ne refusons pas d’accueillir d’autres animaux. D’ailleurs, nous avons reçu des pangolins, plusieurs espèces d’oiseaux, des mangoustes, des pythons. Pour les autres espèces, on arrive à les relâcher assez rapidement.

Comment vous occupez-vous de ces animaux ?

Nous leur administrons des soins avant de les relâcher pour certains. Par exemple pour les pythons, nous n’avons eu qu’à relâcher la vingtaine de bébé qu’on nous avait confié. Avec les primates, nous les gardons un peu longtemps. En général, lorsque nous les récupérons, ils sont bébés et nous nous en occupons pour leur permettre de grandir. Vous verrez qu’un chimpanzé en temps normal peut passer cinq ans sur le dos de sa mère. Les chimpanzés vivent en groupe. C’est pour cela que nous créons des groupes pour les mettre en contact avec d’autres chimpanzés.

Comment ces primates arrivent à vous ?

Ils sont en général confisqués des mains de trafiquants. C’est l’état de côte d’ivoire par le biais du ministère des eaux et forêts qui mène la répression et fait la surveillance. Ce sont eux qui nous confient donc la garde de ces animaux. On a souvent des gens qui nous appellent pour dénoncer des vendeurs. Par exemple ceux que vous voyez sont des hocheurs qui ont été récupéré dans un marché prêt à être consommés. Ils ne sont certes pas des espèces en voie de disparition mais classés indexe 2 donc protégés.

Où gardez-vous ces primates que vous recueillez ?

Nous avons un centre de sauvegarde dans la forêt classée de Yapo-abbé (entre Abidjan et Agboville). Pour l’instant le centre n’est pas entièrement fonctionnel étant donné qu’il nous faut construire des infrastructures pour abriter la cuisine et le bureau du vétérinaire. Les travaux de tous les bâtiments en dur démarrent au mois de septembre.

Combien de chimpanzés avez-vous sauvés depuis 2017 ?

On a pu sauver 17. Il faut noter qu’à nos débuts, ceux qu’on a reçus étaient presque morts. Mais depuis un an, nous arrivons à réagir un peu plus tôt, ce qui a considérablement réduit le nombre de décès.

A quel stade de leur vie recevez-vous ces animaux ?

La plupart du temps, ils nous arrivent bébés. Ils sont orphelins en général. Jusque-là, nous n’avons pas d’adulte dans notre centre. La raison est qu’il faut avoir e grands enclos, ce que nous n’avons pas. Il faut une grande surface pour permettre leurs déplacements à l’air libre. Alors que pour les bébés, un tout petit espace suffit. Ils sont vraiment en liberté avec nous. Mais lorsqu’ils atteindront l’âge adulte, ils seront relâchés pour renforcer la population de chimpanzés en Côte d’Ivoire.

A combien estime-t-on la population de chimpanzé ?

Le dernier recensement remonte à 2013.  On pouvait en dénombrer 640 dans la forêt de Taï là où se concentre la population de chimpanzés en Côte d’Ivoire. On a un grand d’environ 300 qui vit dans le parc national de la Comoé. Il existe une petite population au Banco et dans le parc d’azagny, une dizaine environ. Mais là nous envisageons de mener sous peu une étude pour mieux estimer leur nombre et connaître leurs lieux d’habitation.

Quelles sont les espèces qu’on trouve ?

On a des chimpanzés, des mangabey, des hocheurs, des mandrill.

Le braconnage reste l’une de vos difficultés. Quelles actions menées vous pour les dissuader ?

Nous avons débuté par une sensibilisation des populations autour de notre centre. Nous avons impliqué les chefs de village avec des arguments très réalistes. Par exemple le projet d’écotourisme que nous voulons initier… Nous envisageons de mettre sur pied une équipe de gardes qui sera essentiellement composée d’anciens chasseurs pour leur connaissance de la forêt.

Qui compose akatia ?

Nous sommes une ONG plutôt qu’une association. C’est géré par un conseil d’administration avec des bénévoles.

Quelles sont vos actions ?

Elles sont essentiellement basées sur la protection de la forêt et des animaux. C’est une charge quotidienne. Le matin au réveil, il faut préparer le biberon pour les bébés primates, le midi, il faut leur préparer à manger, nettoyer leur dortoir. C’est beaucoup de travail réalisé par notre équipe sur place. Nous avons également été sollicités par le zoo d’Abidjan pour la formation du personnel et la prise en charge des primates. Nous parcourons des écoles pour sensibiliser les élèves sur la nécessité de protéger les primates.

Quelles sont vos attentes ?

Nous sommes à un moment critique de la vie des chimpanzés en Côte d’Ivoire. Il faut donc changer les mentalités et les comportements au risque de les perdre.  Cela a été le cas pour certains pays. Notre rêve est que les chimpanzés ne soient plus amenés à Akatia mais qu’ils restent dans leurs vies naturelles sous la protection des humains.

Hermann Djea
Author: Hermann Djea

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