Abou Kamaté : « Le MASA doit devenir le premier rendez-vous mondial de la créativité africaine »

Placée sous le thème « Arts du spectacle en Afrique, outil d’intégration économique et sociale », la 14ᵉ édition du Marché des Arts du Spectacle d’Abidjan (MASA), prévue du 11 au 18 avril 2026 à Abidjan, s’inscrit dans la dynamique de relance et de consolidation engagée depuis 2024. Son Directeur général, Abou Kamaté, revient sur les acquis de la dernière édition et détaille les ambitions d’un MASA résolument tourné vers l’international, la professionnalisation des acteurs culturels et le rayonnement de la créativité africaine.
Si vous deviez faire un bilan de la première édition que vous avez dirigée, quel serait-il ?

Le bilan, depuis 2024, est pour moi très positif. L’instruction qui nous a été donnée par la ministre de la Culture et de la Francophonie était de relancer le MASA, et je pense que cette relance a été pleine et entière. Nous avons eu une édition exceptionnelle en termes d’attractivité pour le public ivoirien, avec plus de 500 000 personnes présentes sur les différentes scènes.
Cela prouve que les Ivoiriens ont réadopté le MASA et qu’ils le considèrent désormais comme un événement aussi organisé pour eux.
Du côté des professionnels, l’édition a également été une réussite, puisque nous avons multiplié par quatre le nombre de professionnels présents.
Nous avons aussi initié de nouvelles activités, comme le village de l’innovation, le Prix féminin Henriette Diabaté, et une plus grande ouverture aux activités en direction de la jeunesse. À cela s’ajoute une implication très forte de la presse, avec 300 journalistes nationaux et internationaux. Le MASA a donc été une réussite en matière de mobilisation, de business pour les artistes, d’innovation et de visibilité pour la Côte d’Ivoire.
Comment mesurez-vous l’impact économique du MASA sur ces artistes ?
Mesurer l’impact économique précis est une difficulté commune à tous les marchés culturels. Les contrats se signent souvent après le MASA et peuvent être exécutés deux ou trois ans plus tard, notamment parce que certaines institutions se projettent sur le long terme.
La réussite ne se limite pas à un spectacle programmé sur scène. Elle inclut aussi les coproductions, cocréations, les résidences, les relations qui naissent entre artistes et institutions, les partages d’expérience et les formations qui peuvent découler d’une participation au MASA. L’année dernière, nous avons recensé environ 600 précontrats – intentions d’achats te de contrat – évoqués pendant l’événement, ce qui est un chiffre exceptionnel pour un marché comme le nôtre.
Au-delà du public et de la qualité des spectacles, quels indicateurs témoignent du succès du MASA ?

Sur le plan économique, le MASA génère près de 8 000 nuitées hôtelières, un impact important pour l’hôtellerie, la restauration et le transport urbain. C’est tout le district d’Abidjan qui vit une effervescence économique pendant le MASA. Il y a aussi un impact touristique, social et symbolique très fort. Le MASA favorise la cohésion sociale, transmet des messages de paix et de vivre-ensemble, et constitue un puissant outil de diplomatie culturelle pour la Côte d’Ivoire.
Quels ont été les critères de sélection des participants face au grand nombre de candidatures reçues ?
L’une des instructions claires de la ministre de la culture était d’internationaliser davantage le MASA. Cela explique le nombre record de candidatures pour l’édition 2026 : 2 250 dossiers provenant de 103 pays, dont 51 pays africains sur les 54 que compte le continent.
La sélection repose sur un comité artistique international composé de 23 experts (programmateurs, responsables de lieu) issus de 19 pays. Ce maillage mondial donne crédibilité et légitimité à la programmation. Les critères principaux portent sur l’équilibre géographique, la parité entre hommes et femmes, l’attention portée aux jeunes créateurs et aux créations destinées à la jeunesse, ainsi que la capacité des projets à tourner à l’international. La qualité artistique, la structuration et la professionnalisation des groupes sont essentielles. Chaque commission de sélection discipline affine ensuite ces critères selon ses spécificités.
Y a-t-il eu un engouement particulier du côté ivoirien pour les candidatures ?
Oui, un très fort engouement ! Notre tutelle a beaucoup insisté sur la nécessité d’accompagner Une des instructions de la ministre de laest d’accompagner les entrepreneurs culturels ivoiriens dans la structuration de leurs dossiers. Aujourd’hui, environ 25 groupes ivoiriens ont été retenus. À ceux-là, s’ajouteront cinq autres groupes issus du MASALab, notre centre d’incubation, qui bénéficieront d’une programmation spécifique. La première cohorte d’artistes ivoiriens incubés, sera présentée pendant le Masa ; ce qui constitue une fierté pour nous.
Par ailleurs, les cérémonies d’ouverture et de clôture mobiliseront près de 500 artistes ivoiriens. C’est donc une participation ivoirienne très importante, reflet de la vitalité créative de notre pays.
Après l’édition de relance, quelle sera la touche particulière de cette nouvelle édition ?
Nous sommes dans une édition de consolidation. Tout ce qui a bien fonctionné en 2024 sera renforcé, mais nous introduirons aussi des innovations. Nous allons notamment créer un véritable village de l’innovation, avec un espace immersif pour montrer que l’Afrique a adopté les nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle, au service de la création. Il s’agira d’un espace de réseautage, d’émerveillement du public, de rencontres…qui marquera tous nos visiteurs.
Nous lancerons également un village des enfants, avec des spectacles conçus spécifiquement pour le jeune public, dans un cadre éducatif et ludique. Autre nouveauté, le MASA Comedy Club, pensé pour mieux structurer et valoriser l’offre d’humour africain, afin de faciliter sa diffusion et sa commercialisation.
Quels seront les pays invités pour cette édition et selon quels critères ont-ils été choisis ?
Pour 2026, le pays invité d’honneur sera le Maroc et le pays invité spécial le Brésil. Le choix du Maroc repose sur la force des liens diplomatiques, économiques et culturels avec la Côte d’Ivoire, ainsi que sur le dynamisme de ses industries culturelles. Il s’agit aussi d’un principe de réciprocité, puisque la Côte d’Ivoire a récemment été mise à l’honneur au Maroc.
Le Brésil a été choisi pour mettre en avant la coopération Sud-Sud. La forte communauté afro-descendante brésilienne représente une continuité historique et culturelle. Nous souhaitons créer des passerelles artistiques, économiques et culturelles durables avec ce pays.
Vous insistez beaucoup sur la professionnalisation des acteurs culturels. Comment cela se concrétise-t-il ?
L’année interbiennale a été extrêmement riche. Entre janvier et décembre 2025, nous avons formé plus de 1 200 entrepreneurs culturels ivoiriens. Beaucoup se sont formalisés et ont créé une association professionnelle autonome, ce qui montre que le travail de sensibilisation a porté ses fruits.
Nous avons aussi lancé le premier centre d’incubation autour du spectacle vivant, qui accompagne les artistes sur les plans entrepreneurial, administratif, managérial, technique et artistique. Les artistes incubés se positionnent aujourd’hui très bien sur le marché international.
Constatez-vous déjà un intérêt accru des programmateurs et acheteurs pour l’édition 2026 ?
Oui, il y a un véritable engouement. Les inscriptions sont ouvertes depuis trois mois et nous recevons quotidiennement des demandes. Une évolution notable est le passage des inscriptions individuelles à des inscriptions par délégation ou par regroupement professionnel, ce qui renforce les opportunités d’achat et de diffusion des spectacles sélectionnés.
La sécurité est souvent une préoccupation majeure pour les festivaliers. Que pouvez-vous leur dire ?
La meilleure garantie reste l’expérience de notre pays dans le domaine de la sécurité. Nous avons plus d’une fois démontré notre son expertise dans la sécurisation l’organisation de grands événements, notamment avec le MASA et la CAN 2023. Cette expertise est reconnue sur le plan internationalet constitue une assurance pour tous les participants.
Comment imaginez-vous le MASA dans dix ans ?
Je vois le MASA comme le premier événement mondial de promotion de la créativité africaine. Nous sommes déjà une référence sur le continent, et notre ambition est de devenir une référence mondiale. Cela ne sera possible qu’avec l’accompagnement de la presse, qui joue un rôle essentiel dans la visibilité de ce rendez-vous majeur pour la culture africaine.
Texte : Mano