Amee Slam : 15 ans de cheminement, une mixtape en héritage

Le 22 janvier 2025 marque la sortie de la mixtape « Au Commencement » d’Amee Slam, un hommage à ses 15 années de cheminement dans le slam. Une œuvre qui mêle anciens et nouveaux titres, avec une démarche artistique profonde. L’artiste nous parle de son parcours, des défis rencontrés et de l’importance de la parole dans son art.
Pourquoi avoir intitulé la mixtape « Au Commencement » ?
« Au commencement » fait référence à mes débuts dans le slam. Ce titre rappelle les premiers pas de ma carrière. Le 22 janvier marque ma première scène, et c’est une manière de symboliser ce cheminement.
Pourquoi 14 titres ?
Le chiffre 14 symbolise les 14 années passées dans le slam, et marque la fin d’un chapitre. Cette 15èmeannée ouvre de nouvelles perspectives d’évolution.
Pourquoi avoir réutilisé certains anciens titres ?
La raison est que ces titres avaient été bien accueillis par le public. L’objectif en réalisant cette mixtape vise à faciliter mon inscription au Burida mais surtout comprendre la réaction du public. Cela me permet aussi de tester l’accueil de mes œuvres tout en cherchant à améliorer la rentabilité de mon art. Je n’ai pas inclus tous mes anciens titres sur cette mixtape, car certains seront présents sur l’album à venir, pour marquer mon évolution artistique.

Combien de nouveaux titres ?
Il y en a 7 et, deux remix de morceaux précédemment sortis, et un titre réécrit. Il y en a un parcontre dont je n’ai changé que la musique pour lui donner un nouveau souffle.
Certains de ces titres sont en lien avec la gratitude et la reconnaissance envers Dieu, qui est pour moi l’être suprême, ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à écrire mon histoire, que ce soit dans le milieu du slam ou dans ma vie personnelle.
Il m’a été difficile de nommer ces personnes individuellement, c’est pourquoi j’ai choisi d’écrire un texte, matérialisé par le titre « Ayoka Barika ». « Ayoka » est un terme issu de l’ethnie de ma mère, l’Adioukrou, qui signifie « remerciement », et « Barika » est un mot en langue Maouka, tiré de l’ethnie de mon géniteur signifiant également « remerciement ». Ainsi, à travers ce titre, je souhaite rendre hommage à ma culture africaine. Bien que je m’exprime principalement en français, pour toucher un maximum de personnes, je n’oublie jamais d’où je viens et les racines qui m’ont forgée.
Parlez-nous du processus de création de la mixtape…
Sur la mixtape, vous retrouverez certains titres que j’ai déjà connus. Parmi eux, mon tout premier single, intitulé « Au commencement », qui fait référence à mon parcours dans l’écriture. Ce titre est un clin d’œil à la parole biblique « Au commencement était la parole », pour souligner que la parole est l’essence même de mon art.
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La parole est bien sûr présente, mais j’intègre également de la musique et du chant. Il m’arrive de composer moi-même mes musiques. Cette pluridisciplinarité est un aspect que vous retrouverez certainement dans mes futurs projets.
Quels défis avez-vous rencontrés dans la réalisation de la mixtape ?
Le chemin de n’importe quel entrepreneur est semé d’embûches. Hélas pour l’artiste qui est également entrepreneur beaucoup de personnes ne voient que la surface de l’art, sans comprendre l’investissement mental, intellectuel et financier que cela implique. Écrire, composer, interpréter, ce n’est pas simplement sortir un produit pour plaire. C’est un investissement, et souvent les difficultés sont invisibles aux yeux du public. Les gens voient seulement l’argent alors que l’investissement mental ou intellectuel n’est pas quantifiable. Ce sont des difficultés que beaucoup d’artistes vivent. Ne pas en parler fait croire que ça n’existe pas.

« Mon cœur s’est perdu ‘’qu’est-ce qui a inspiré ce texte ?
Ce titre émane d’une situation personnelle. Quand j’ai commencé à l’écrire, je me suis dit que je n’allais pas le partager pour éviter de me montrer vulnérable. j’écrivais des choses qui ne me satisfaisaient pas, j’écrivais avec de la colère. Lorsqu’on écrit avec de la colère on pense trouver des coupables. Ce texte, j’ai pendant longtemps refusé de l’écrire. Ce n’est que l’an dernier que j’ai pu l’écrire d’ailleurs d’un trait.
Quel est votre texte préféré de cette mixtape ?
Tous les titres me tiennent à cœur, mais « Hier encore » est un morceau que j’affectionne particulièrement. Ce titre évoque la lutte des femmes pour leurs droits et invite à ne pas les oublier. « Ayoka barika » est également un autre morceau cher à mon cœur, car il rend hommage à mes racines africaines. Toutefois, il y en a quelques-uns que je jouerais par reflexe si l’on me le demandait.
Y a-t-il eu des collaborations ?
Les musiques, je les porte dans ma tête. Ne jouant pas d’instrument, je me suis tournée vers un groupe de musiciens avec qui je travaille régulièrement. Ce sont: Josias Adjoumani, pianiste et claviériste, Frédéric Mawata, musicien, chanteur et guitariste, ainsi que Salomon Seri, également pianiste.
Je n’ai pas fait de featuring pour ce projet, bien que ce soit quelque chose que j’envisage pour l’avenir. Pour cette mixtape, j’ai choisi de travailler avec un minimum de moyens, en me concentrant sur l’essentiel et en mettant l’accent sur la qualité de chaque élément sonore.
Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Je ressens une grande fierté. Je parlerai de résilience. Ces 15 années m’ont permis de me réaliser en tant qu’artiste, de surmonter des obstacles et de voir plusieurs de mes rêves se réaliser. C’est un sentiment d’accomplissement, même si mon parcours avance à mon propre rythme.
Pourriez-vous partager avec nous des moments clés de ce parcours ?
Le 22 janvier 2010 restera gravé parce qu’il représente le jour de ma première scène de slam. Il y a également cette prestation dans un bar le ‘’PAM’s’’ où, pendant qu’un match de football était projeté à la télévision, il fallait absolument captiver l’auditoire pour se faire entendre.
Un autre moment marquant a été en 2018, lorsque le collectif a remporté le prix d’excellence. Ce fut un véritable accomplissement.
En 2016, j’ai eu la chance de prendre l’avion pour la première fois pour représenter le slam au Tchad, et la même année, je foulais pour la première fois le sol européen.
Parmi ces moments clés, il y a le prix CEDEAO en 2020 pour le slam, un honneur d’être la première à le recevoir, ainsi que ma sélection au MASA, qui a été un tournant important dans mon parcours.
Pensez-vous qu’aujourd’hui le slam, est-il mieux perçu dans notre pays ?
Le slam a bien évolué. Certes, ce n’est pas aussi rapide qu’on l’aurait espéré, mais nous avons su nous positionner et gagner la reconnaissance, notamment parmi les jeunes. Des artistes du slam ont été décorés, et bien que beaucoup reste à faire, le mouvement a gagné en visibilité.
Quels sont vos projets à venir ?
Un concert est prévu le 25 avril 2025 au Palais de la Culture d’Abidjan dans le cadre du projet « Tramissart ». Un événement conçu pour offrir des scènes aux artistes avec des charges financières allégées. Et un album en préparation qui devrait sortir cette année.
Où se procurer la mixtape ?
La mixtape est disponible sur Africaplay, par achat via mobile money, et quelques titres sont en écoute libre sur ma chaîne YouTube. Depuis la 3e semaine de février, la mixtape est également en vente physique sur clé USB. Elle sera également disponible lors du concert ou sur commande via ma page Facebook.