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L’amour parle des langues différentes

À chaque Saint-Valentin, le même décor s’impose : vitrines rouges, bouquets de roses, déclarations publiques et effusions sentimentales. Cette mise en scène de l’amour, héritée en grande partie des cultures occidentales, tranche avec les codes africains traditionnels, où aimer ne signifie pas nécessairement dire, encore moins exposer ses sentiments. Entre l’expressivité occidentale et la retenue africaine, l’amour ne se vit pas de la même manière.

En Occident, aimer c’est dire

Dans les sociétés occidentales, l’amour s’affirme par les mots. Dire « je t’aime » est un marqueur essentiel de la relation. Les sentiments doivent être exprimés, assumés et visibles. Le couple devient une entité autonome, affranchie du regard familial ou communautaire.

Cinéma romantique, musique populaire, réseaux sociaux et marketing émotionnel ont renforcé cette culture de l’expressivité. La Saint-Valentin en est l’illustration parfaite : dîners aux chandelles, cadeaux symboliques, surprises soigneusement mises en scène. Aimer, c’est montrer que l’on aime. Dans ce contexte, le silence est souvent perçu comme un désintérêt ou un manque d’affection.

En Afrique, aimer c’est faire

À l’inverse, dans de nombreuses cultures africaines, l’amour se prouve davantage qu’il ne se proclame. L’expression verbale des sentiments n’a jamais été centrale. Dire « je t’aime » peut paraître inutile, voire déplacé, car l’amour est censé se lire dans les actes du quotidien.

Être présent, subvenir aux besoins, protéger, respecter, tenir sa parole : voilà les véritables preuves d’amour. Les démonstrations publiques restent limitées, par pudeur, par respect des normes sociales et par attachement aux traditions. Ici, aimer rime avec responsabilité et constance.

L’amour africain s’inscrit dans le temps long et dans une vision collective. Le couple n’existe pas en vase clos ; il s’intègre à la famille élargie et à la communauté. Aimer, c’est aussi assumer un rôle social.

Cette retenue est parfois incomprise, notamment par les jeunes générations influencées par les standards occidentaux. L’absence de mots tendres ou de gestes romantiques peut alors être perçue comme un manque d’attention, alors qu’elle traduit une autre manière d’aimer.

Beaucoup aiment profondément, mais ont été éduqués dans l’idée que les sentiments ne se crient pas. L’amour est intime, sérieux, presque sacré. Trop le verbaliser serait l’affaiblir ou le banaliser.

La Saint-Valentin, symbole d’un changement mesuré

Avec la mondialisation, la Saint-Valentin a trouvé sa place dans les grandes villes africaines. Elle est adoptée, mais rarement reproduite à l’identique. Elle devient souvent un moment de partage simple, loin de la surenchère émotionnelle.

Si la jeunesse urbaine se montre plus expressive, les générations plus âgées restent attachées à une conception discrète de l’amour. Cette cohabitation révèle une transformation progressive des mentalités, sans rupture brutale avec les fondements culturels.

Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus de choisir entre ces deux modèles, mais de les réconcilier. Apprendre à dire ses sentiments sans les vider de leur sens. Apprendre à poser des actes sans oublier de rassurer par les mots.

Car au-delà des différences culturelles, l’amour reste universel. Il se dit parfois, il se prouve souvent, mais il se vit partout.

Mano

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