Cap sur Gohitafla: une terre chargée d’histoire et de mystères

À l’approche du mois d’août, tous les regards se tournent vers Gohitafla, cité du peuple Gouro qui s’apprête à accueillir un événement appelé à marquer durablement l’histoire culturelle de la région. Pour la première fois, la ville abritera le FESTIGO (Festival des Arts et et de la Culture de Gohitafla), une manifestation entièrement dédiée à la promotion du patrimoine, des traditions et du savoir-faire local. Plus qu’un simple festival, ce rendez-vous se veut une célébration de l’identité culturelle de Gohitafla et une invitation à découvrir les multiples richesses de la Marahoué.
Dans une Côte d’Ivoire en quête permanente de valorisation de ses territoires et de son patrimoine, cette première édition du FESTIGO apparaît comme une opportunité exceptionnelle de mettre en lumière une destination encore méconnue du grand public, mais dont les atouts culturels, historiques et naturels rivalisent avec ceux des plus grands pôles touristiques du pays.

Gohitafla, une terre chargée d’histoire et de mystères
Au-delà d’être la ville hôte du festival, Gohitafla est avant tout une terre de mémoire. La localité possède un patrimoine archéologique remarquable qui témoigne d’une présence humaine très ancienne dans cette partie de la Côte d’Ivoire. Les visiteurs qui s’y aventurent découvrent un univers fascinant composé de pierres sculptées, de grottes et de vestiges dont certains spécialistes estiment l’ancienneté entre 3 000 et 5 000 ans avant notre ère.
Ces mystérieuses sculptures, représentent aussi bien des formes humaines qu’animales. Elles constituent l’une des singularités les plus étonnantes de la région. Elles alimentent encore aujourd’hui de nombreuses légendes locales et suscitent la curiosité des chercheurs. Parmi les curiosités les plus célèbres figurent les énigmatiques « Pas de géants », des empreintes gravées dans la roche auxquelles les populations attribuent diverses interprétations liées aux récits fondateurs du territoire.
Dans le cadre du FESTIGO, un circuit touristique exceptionnel a été conçu afin d’offrir aux visiteurs une immersion complète dans ce patrimoine unique. Ce parcours inclut la visite des pierres au visage humain de Gohitafla, véritable curiosité archéologique, avant de s’étendre vers des sites historiques majeurs de la région, notamment le tribunal colonial de Zuénoula et l’ancienne prison coloniale, témoins silencieux de l’histoire administrative et coloniale du territoire.
Le circuit se poursuit également sur des lieux de mémoire essentiels avec la visite des tombes des résistants anticoloniaux Zokou Gbeuli et Badieglô, figures de proue de la résistance locale. Les festivaliers auront aussi l’occasion de découvrir le village de Zrabisséifla, considéré comme le berceau historique du Zaouli, ainsi que la tombe du créateur de la danse et du masque Zaouli, haut lieu de mémoire spirituelle et culturelle.
Ce parcours patrimonial a été pensé comme une véritable plongée dans l’histoire profonde du peuple Gouro, entre mémoire coloniale, résistance et héritage ancestral.
Le berceau authentique du Zaouli
Impossible d’évoquer Gohitafla sans parler du Zaouli, l’une des expressions artistiques les plus célèbres de la Côte d’Ivoire. Reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, cette danse fascine par la rapidité des mouvements du danseur, la beauté des masques et la richesse des rythmes qui l’accompagnent.
Si le Zaouli est aujourd’hui pratiqué dans de nombreuses localités du pays, Gohitafla et le village de Zrabisséifla sont unanimement reconnus comme son berceau historique. C’est ici que cette tradition a pris forme avant de rayonner bien au-delà des frontières ivoiriennes.

Assister à une prestation de Zaouli dans son environnement d’origine constitue une expérience qui mérite d’être vécue. Pendant le FESTIGO, les visiteurs auront l’occasion de vivre cette immersion culturelle au plus près des gardiens de la tradition, dans une atmosphère où chaque battement de tambour raconte une part de l’histoire du peuple Gouro.
Un artisanat précieux à préserver
La richesse culturelle de Gohitafla s’exprime également à travers son artisanat traditionnel. Parmi les trésors, figure le Zamblé Trô, un pagne ancestral qui symbolise l’identité et le savoir-faire des communautés locales.
Tissé selon des techniques transmises de génération en génération, ce textile constitue bien plus qu’un simple vêtement. Il représente un véritable héritage culturel. Aujourd’hui confrontée à la concurrence des tissus industriels et à la raréfaction des artisans spécialisés, cette tradition est menacée de disparition. Le FESTIGO entend justement contribuer à sa sauvegarde en offrant une vitrine aux artisans et en sensibilisant les jeunes générations à l’importance de préserver ce patrimoine.
Les visiteurs pourront ainsi découvrir les différentes étapes de fabrication de ces étoffes rares et échanger avec ceux qui perpétuent encore ce savoir-faire ancestral.
Une nature généreuse aux portes de la ville
Le charme de Gohitafla ne se limite pas à son patrimoine culturel. La localité bénéficie également d’un environnement naturel propice à la détente et à l’évasion. À quelques kilomètres seulement de la ville, les vastes étendues d’eau du lac de Kossou offrent un décor majestueux où le temps semble suspendu.
Les amateurs de nature y trouvent un cadre idéal pour observer les paysages, pratiquer la pêche artisanale ou profiter d’une promenade en pirogue au coucher du soleil. Les reflets dorés du soleil sur les eaux calmes du lac créent un spectacle qui séduit aussi bien les photographes que les amoureux de grands espaces.
Cette proximité entre patrimoine culturel et richesse naturelle constitue l’un des principaux atouts touristiques de Gohitafla.

La Marahoué, une région aux multiples trésors
Si Gohitafla sera incontestablement le cœur battant des festivités en août, l’ensemble de la région de la Marahoué mérite également d’être exploré. Ce territoire offre une diversité de sites qui témoignent de la richesse de son histoire et de son environnement.
Le Parc National de la Marahoué demeure l’un des joyaux écologiques du centre-ouest ivoirien. Malgré les défis auxquels il fait face en matière de conservation, il continue d’abriter une faune et une flore remarquables. Les visiteurs peuvent y découvrir un écosystème représentatif des savanes et forêts de transition qui caractérisent cette partie du pays.
Plus au sud, le confluent de Bozi offre un spectacle naturel impressionnant. La rencontre entre le fleuve Bandama et la rivière Marahoué crée un paysage singulier qui attire aussi bien les curieux que les passionnés de géographie.
La région est également réputée pour la vitalité de ses traditions artisanales. À Bazré, les métiers à tisser résonnent encore au rythme d’un savoir-faire transmis depuis plusieurs générations. Les visiteurs peuvent y admirer la fabrication de textiles traditionnels et mieux comprendre la place qu’occupe le tissage dans l’identité culturelle locale.
À Zuénoula enfin, l’histoire se raconte à travers les vestiges du passé colonial et les lieux de mémoire dédiés aux figures de la résistance locale. Ces sites rappellent le rôle important joué par la région dans les grandes pages de l’histoire ivoirienne.
FESTIGO, un rendez-vous appelé à faire date

Au-delà de sa dimension festive, le FESTIGO ambitionne de devenir un véritable levier de développement culturel et touristique pour Gohitafla et l’ensemble de la Marahoué. Cette première édition représente une occasion unique de promouvoir les traditions Gouro, de soutenir les artisans, de valoriser les artistes locaux et de renforcer l’attractivité de la destination.
Le mois d’août s’annonce donc comme une période privilégiée pour partir à la découverte d’un territoire authentique où l’histoire, la culture et la nature se conjuguent harmonieusement. À Gohitafla, chaque danse raconte une mémoire, chaque artisan perpétue un héritage et chaque paysage révèle une facette méconnue de la Côte d’Ivoire.
Cette année, plus qu’une destination, Gohitafla s’impose comme une invitation au voyage au cœur de l’âme Gouro et de l’identité profonde de la Marahoué.
Texte : Mano