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Franck Hermann Ekra : l’ultime regard d’un curateur

À travers « Le temps du rêve de l’enfant – Architectures invisibles », Franck Hermann Ekra avait réuni des artistes autour d’une réflexion sur les espaces visibles et invisibles. Au moment du finissage de l’exposition, le monde des arts lui a rendu un hommage empreint d’émotion, entre souvenirs, anecdotes et reconnaissance.

Il y a parfois des expositions qui prennent, avec le temps, une signification différente. « Le temps du rêve de l’enfant – Architectures invisibles » est désormais de celles-là. Présentée à la Galerie Cécile Fakhoury à Abidjan, cette exposition collective porte la signature de Franck Hermann Ekra, critique d’art et curateur, disparu le 28 août dernier, alors même que son projet arrivait au terme de son parcours.

Le vernissage s’est tenu le 24 juin 2026, en présence de plusieurs personnalités du monde de la culture. L’exposition, ouverte au public à partir du 25 juin, devait initialement se poursuivre jusqu’au 29 août avant d’être prolongée jusqu’au 12 septembre. Une conversation consacrée à « Architectures invisibles – une poétique de l’espace » avait également réuni, le 26 juin, Ernest Dükü, Wèrèwèrè Liking, l’architecte et designer Issa Diabaté et Franck Hermann Ekra.

Le finissage, entre souvenirs et émotion

Le 12 septembre, au moment où l’exposition arrivait à son terme, l’atmosphère était différente. Le finissage était devenu un hommage à celui qui en avait assuré la curation.

Plusieurs acteurs du monde des arts et de la culture se sont retrouvés pour évoquer Franck Hermann Ekra. À travers des anecdotes, des souvenirs personnels et des témoignages, chacun a fait revivre une facette de cet homme dont l’action dépassait largement le seul champ de la critique d’art.

Les témoignages ont rappelé un homme de réflexion, mais aussi un homme de rencontres. Un professionnel capable de mettre les artistes en relation, de provoquer la discussion, de créer des passerelles entre les disciplines et d’accompagner les créateurs dans leur cheminement.

Dans les échanges, ce sont aussi les qualités humaines de Franck Hermann Ekra qui ont émergé. Derrière le critique et le curateur exigeant apparaissait un homme attaché à la transmission, à la conversation et à la construction d’un environnement favorable à la création.

Une curation pensée comme un dialogue

Avec cette exposition, Franck Hermann Ekra avait choisi de faire dialoguer plusieurs générations, sensibilités et approches de la création contemporaine africaine.

Dans la galerie principale, les œuvres d’Ernest Dükü, Souleymane Keïta et Wèrèwèrè Liking composaient « Le temps du rêve de l’enfant – Architectures invisibles ». Le Project Space prolongeait cette réflexion avec « Architectures invisibles – Rêves en miroir », réunissant notamment Assoukrou Aké, Dalila Dalléas Bouzar, François-Xavier Gbré, Marie-Claire Messouma Manlanbien, Roméo Mivekannin, Cheikh Ndiaye et Ouattara Watts.

La scénographie, conçue par Ernest Dükü et Franck Hermann Ekra avec l’architecte et designer Issa Diabaté, participait elle aussi à cette volonté de dialogue. Le titre de l’exposition faisait par ailleurs écho à Bernard Binlin Dadié, figure littéraire à laquelle Ekra était profondément attaché. Emprunté à Nouvelle aurore, « Le temps du rêve de l’enfant » traduit une vision de la modernité nourrie par la mémoire, les imaginaires et les formes anciennes. Très engagé dans la valorisation des œuvres de Dadié, Ekra voyait dans ses écrits un véritable matériau de réflexion.

L’« architecture invisible » renvoyait ainsi à ce qui ne se donne pas immédiatement à voir : la mémoire, les rêves, les récits et les imaginaires. L’exposition devenait un espace de conversation entre les artistes, leurs univers et le public.

Le destin a donné à cette exposition une résonance particulière. Franck Hermann Ekra est décédé le 28 août 2026, soit quelques jours avant la clôture initialement prévue de l’exposition. Son projet a ainsi continué à vivre en son absence, jusqu’à ce rendez-vous du 12 septembre qui lui était consacré.

Texte : Mano

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