Le financement du logement en Côte d’Ivoire au cœur des débats à BuildExpo 2026

À l’occasion de la deuxième édition de Build Expo, organisée conjointement avec HVAC R Expo et LiftExpo au Parc des Expositions d’Abidjan du 9 au 11 juin, la problématique du logement a occupé une place centrale dans les échanges.
Réunis autour d’un panel de haut niveau, banquiers, experts immobiliers et acteurs de la finance ont partagé leur vision des mécanismes capables de réduire le déficit de logements tout en sécurisant les investissements.

Le financement: clé de voûte de la réponse au déficit de logements
La réflexion intervient dans un contexte marqué par une forte croissance urbaine. Avec près de cinq millions d’habitants dans le Grand Abidjan et un déficit estimé à plusieurs centaines de milliers de logements, les besoins continuent de progresser sous l’effet de l’urbanisation et du retour croissant des membres de la diaspora. Face à cette demande soutenue, l’accès au financement apparaît plus que jamais comme un levier stratégique.
Pour Ali Guindo, Directeur Pays du Fonds de Solidarité Africain (FSA), le principal défi réside dans la gestion du risque. Les banques sont souvent amenées à financer des projets dont la valeur finale ne sera réellement créée qu’après l’achèvement des travaux. Dans ce contexte, le FSA joue un rôle de catalyseur en apportant sa garantie aux établissements financiers. Après analyse des projets, l’institution peut couvrir jusqu’à 80 % du financement, dans une limite qui peut atteindre 30 milliards de FCFA. Cette intervention contribue à rassurer les banques et à faciliter la mobilisation des ressources nécessaires à la réalisation des programmes immobiliers.
De son côté, la Banque Nationale d’Investissement (BNI) a présenté une offre structurée destinée aussi bien aux promoteurs qu’aux particuliers. Selon Daouda Coulibaly, responsable du pôle immobilier de la banque, l’objectif est d’accompagner l’ensemble de la chaîne de valeur du logement, depuis la construction de programmes immobiliers jusqu’à l’acquisition par les ménages.

La banque accorde une attention particulière à la qualité des projets soumis. Sécurisation foncière, conformité administrative, solidité du constructeur et viabilité financière constituent les principaux critères d’évaluation. Les financements sont ensuite débloqués progressivement en fonction de l’avancement des travaux, afin de garantir une utilisation conforme des fonds.
Au-delà du crédit classique destiné à l’achat ou à la construction d’une résidence, la BNI mise également sur un produit qui suscite un intérêt croissant, notamment auprès de la diaspora. Ce mécanisme permet à un propriétaire foncier de développer un immeuble locatif sans que son niveau de revenu actuel constitue le principal critère d’analyse. La capacité de remboursement est évaluée à partir des loyers futurs générés par le projet, ce qui offre de nouvelles perspectives de valorisation du patrimoine foncier.
Professionnalisation et inclusion financière : les défis à relever
Les intervenants ont toutefois rappelé que le financement ne constitue qu’une partie de l’équation. Carolle Agnero, Présidente de la Chambre Professionnelle des Agences Immobilières Agréées de Côte d’Ivoire (CPAIA-CI), a souligné l’importance d’une intermédiation professionnelle pour sécuriser les transactions et assurer la commercialisation des biens. Quant à Issa Mehemet, PDG d’IMAAD Financial Group, il a insisté sur la nécessité de présenter aux investisseurs des projets rigoureusement structurés, fondés sur des modèles économiques crédibles et transparents.

Malgré les progrès enregistrés, plusieurs obstacles continuent de freiner le développement du secteur. M. Mehemet a notamment pointé le manque de professionnalisme observé dans certains programmes immobiliers. Selon lui, la confusion entre les rôles de promoteur et de constructeur a parfois conduit à des retards ou à des difficultés d’exécution. Il a également rappelé une réalité incontournable : si les besoins en logement sont considérables, seule une fraction de la population répond aujourd’hui aux critères d’éligibilité du financement bancaire classique. Au terme des échanges, un constat s’est imposé : la résorption durable du déficit de logements passe par une collaboration étroite entre banques, fonds de garantie, promoteurs, agences immobilières, notaires, assureurs et experts techniques. Cette approche intégrée, mise en lumière à Build Expo 2026, confirme que l’avenir du logement en Côte d’Ivoire dépend autant de l’innovation financière que de la professionnalisation des acteurs du secteur.