MASA : une institution en mouvement, même quand la scène se tait

Le Directeur Général du Marché des Arts et du Spectacle d’Abidjan (MASA), Abou KAMATÉ, a échangé ce mardi 6 octobre avec la presse au siège de l’institution, au Plateau. Cette rencontre a permis de mettre en lumière une autre réalité du MASA : celle d’une institution qui continue de travailler et de développer des projets entre deux biennales.

À entendre Abou KAMATE, le MASA ne doit plus être perçu comme une institution qui se réveille à l’approche de sa biennale pour s’éteindre une fois celle-ci terminée. Le message était au cœur de la rencontre avec les médias. Le MASA continue de fonctionner, d’accueillir des activités, d’accompagner des artistes, de répondre à des appels à projets et de développer des partenariats.
« Nous voulons que cette perception du MASA soit désormais totalement corrigée », a insisté le directeur général. Les projets présentés ce mardi en donnent une illustration concrète. L’institution cherche notamment à valoriser son expertise au-delà des activités qu’on lui connait, en répondant à des appels d’offres lancés par des partenaires au développement.
De Bouaké à l’Europe, le MASA exporte son savoir-faire
La Pépinière urbaine de Bouaké, financée par l’Agence française de développement (AFD), figure parmi les projets mis en avant. Pendant les trois prochaines années, le MASA accompagnera le maintien des activités artistiques et culturelles du Centre culturel Jacques Aka, le temps des travaux de réhabilitation. L’objectif est d’éviter que cette période ne crée un vide dans l’offre culturelle à Bouaké.
Pour le MASA, le projet représente aussi une occasion de renforcer sa présence en dehors d’Abidjan. Une équipe sera installée dans la ville pour assurer cette mission, sous la responsabilité de Koné Wagninlba.

Le rayonnement du MASA ne s’arrête cependant pas aux frontières ivoiriennes. Avec le projet « Africa Europe Partnership for Culture », financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le Goethe-Institut, l’institution va accompagner des festivals de spectacle d’arts vivants en Afrique de l’Ouest. Sept festivals dans six pays sont déjà concernés, avec l’ambition d’étendre le dispositif à quinze.
Au programme : renforcement des compétences, stratégie de programmation et structuration des équipes. Autrement dit, le MASA entend partager avec d’autres acteurs culturels une expertise construite au fil des années. Une reconnaissance internationale que le directeur général présente comme la preuve de la crédibilité acquise par l’institution auprès des partenaires au développement.
Du « one shot » à l’accompagnement dans la durée
Cette volonté de travailler dans le temps se retrouve également au MASA Lab. Le siège de l’institution devient, une fois les bureaux fermés, un lieu de répétition et de création. Mais l’ambition va au-delà de la mise à disposition d’un espace : il s’agit d’accompagner les artistes dans la durée et de contribuer à leur professionnalisation.
Le parcours de la compagnie Tell’ Arts en est une illustration. Après deux années d’accompagnement, la compagnie a représenté la Côte d’Ivoire au Festival des francophonies de Limoges avec « La Poupée barbue », une création mise en scène par Souleymane Sow. Pour le MASA, cette participation constitue un signal encourageant pour le théâtre ivoirien, dont les créations avaient perdu leur capacité à s’exporter sur certaines grandes scènes internationales.
Le choix revendiqué est celui du temps long. « Nous souhaitons ne pas nous investir dans du “one shot”, mais dans de l’accompagnement long », a expliqué Abou Kamaté. La démarche concerne également la musique, avec l’accompagnement d’artistes issus du MASA Lab, parmi lesquels Jahelle Bonee.
Mais derrière ces projets se dessine une autre évolution, plus interne celle-là. Le MASA veut progressivement cesser d’être identifié à son seul directeur général.

Abou Kamaté l’a clairement assumé devant les journalistes. Il souhaite que les responsables des différents projets deviennent les interlocuteurs de référence. Pour la Pépinière urbaine de Bouaké, il faudra désormais se tourner vers Koné Wagninlba. Pour le MASA Lab, ce sera Pierre Bofo.
« Le MASA n’existe pas sans ses hommes et ses femmes », a-t-il rappelé, revendiquant ainsi une institution davantage portée par ses équipes que par une seule figure.
La prochaine biennale est annoncée pour 2028. Mais le message porté par le DG ce mardi est précisément celui-ci. D’ici là, le MASA ne compte pas rester en sommeil.