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Koné Wagninlba Jocelin: « Il faut que l’habitant s’approprie Jacques Aka comme un bien personnel »

Portée par le Marché des arts du spectacle d’Abidjan (MASA), financée par l’Agence française de développement (AFD) en partenariat avec le ministère de la Culture et de la Francophonie, la Pépinière urbaine de Bouaké se déploiera sur trois ans. Au-delà de la réhabilitation du Centre culturel Jacques Aka, cette initiative entend rapprocher la culture des populations et renforcer les capacités des acteurs locaux. Son responsable, Koné Wagninlba Jocelin, chef de projet au MASA, en présente les ambitions et les modalités de mise en œuvre à Abidjan Planet.

Comment définiriez-vous la Pépinière urbaine de Bouaké ?

La Pépinière urbaine de Bouaké renvoie, par son nom, à l’univers végétal. Mais il s’agit d’une image : ici, l’idée est de planter la culture dans la ville, de la semer au plus près des habitants afin de maintenir leur intérêt et leur éveil culturel. Ainsi, lorsque le Centre culturel Jacques Aka rouvrira ses portes, il n’y aura pas de rupture avec son public.

Est-ce un projet inédit ?

Ce n’est pas une première. Le concept de pépinière urbaine a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays, notamment en Tunisie, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Sénégal et au Cameroun. C’est une initiative que l’AFD propose à certains pays partenaires.

Toutes les pépinières ne sont pas nécessairement consacrées à la culture. Certaines sont orientées vers le sport, d’autres vers la mobilité urbaine, comme à Dakar. À Bouaké, le projet est spécifiquement axé sur le secteur culturel.

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Il s’étendra sur trois ans, soit 36 mois, et accompagnera les acteurs culturels de Bouaké dans le renforcement de leurs capacités.

Comment va-t-elle fonctionner concrètement ?

Le projet conçu par le MASA repose sur cinq composantes.

La première concerne la formation et le renforcement des capacités des acteurs culturels de Bouaké. Mais notre action ne s’adressera pas uniquement aux artistes. Nous voulons également sensibiliser les publics à la consommation des arts et de la culture, notamment les élèves. Nous prévoyons ainsi de former 800 élèves à la compréhension des industries culturelles et créatives, en nous intéressant chaque année à dix établissements scolaires, soit 30 établissements sur la durée du projet.

Nous accompagnerons également 200 acteurs culturels de la ville de Bouaké.

Par ailleurs, 15 jeunes chercheurs, issus notamment du milieu estudiantin, seront mobilisés en qualité d’« ambassadeurs communautaires ». Ils iront à la rencontre des communautés, documenteront le processus et nous feront remonter les informations recueillies sur le terrain.

À l’issue du projet, nous pourrons formuler des recommandations à l’intention du Centre culturel Jacques Aka afin de l’aider à mieux se projeter et à définir ses orientations lors de sa réouverture.

Quels secteurs culturels sont concernés par la Pépinière ?

Trois secteurs sont retenus comme prioritaires : la musique, le cinéma et l’audiovisuel, ainsi que la mode et le design textile.

À ces disciplines s’ajoutent d’autres expressions artistiques capables de mobiliser largement le public. C’est notamment le cas de la danse urbaine. En Côte d’Ivoire, les jeunes aiment créer régulièrement de nouveaux concepts autour de la danse. Il nous paraît donc difficile de parler de mobilisation culturelle sans prendre en compte cette dynamique.

Nous nous intéresserons également aux arts de la rue, notamment à travers la marionnette géante.

Enfin, il y a l’héritage de Gonfreville qu’il faut exhumer pour rappeler aux jeunes ce que ce site a représenté pour la ville de Bouaké, mais aussi pour notre pays.

Comment les artistes et acteurs culturels de Bouaké seront-ils associés au projet ?

C’est un projet de co-conception et de co-construction. Nous ne venons pas avec des idées toutes faites, mais avec des propositions que nous soumettrons aux acteurs locaux. Les échanges avec eux permettront de faire émerger les idées les plus pertinentes, à partir desquelles nous construirons les activités à déployer à Bouaké.

L’un de nos atouts est que ces acteurs sont organisés en 15 faîtières, grâce notamment au remarquable travail de M. Razak, directeur du Centre culturel Jacques Aka. Nous allons travailler avec ces organisations, renforcer leurs capacités ainsi que celles de leurs membres, et contribuer à consolider davantage la structuration du secteur culturel dans la ville.

Quelles retombées concrètes les acteurs culturels locaux peuvent-ils attendre de ce projet ?

Dans notre stratégie, les acteurs locaux qui proposeront des projets pertinents pourront être invités à Abidjan pour vivre l’expérience du MASA. L’objectif est de les inscrire dans une démarche de professionnalisation et de leur permettre de mieux appréhender les exigences du secteur culturel.

Quels espaces comptez-vous investir pendant ce projet ?

Les espaces d’intervention seront identifiés en concertation avec les acteurs de la ville, qui connaissent mieux le terrain que nous.

Puisque le Centre culturel Jacques Aka sera en réhabilitation, toutes ses infrastructures ne pourront pas être utilisées en permanence. Nous envisageons donc de mettre en place un dispositif mobile qui pourra se déployer dans différents lieux, partout où les acteurs culturels pourront disposer d’un espace pour poursuivre leurs activités.

Quels publics souhaitez-vous toucher ?

Avec la Pépinière, nous voulons adopter une démarche assez inédite, en proposant des animations dans les marchés.

Les femmes qui y travaillent sont souvent oubliées. Elles participent pleinement à la vie communautaire, mais n’ont pas toujours accès aux activités culturelles. Leurs journées se déroulent au marché et se prolongent au foyer. À quel moment peuvent-elles, elles aussi, profiter de ces moments de partage culturel ?

Nous irons également à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, qui accueille une importante communauté estudiantine, ainsi que dans les cours familiales.

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Plus largement, nous voulons toucher les femmes, les personnes à mobilité réduite, les jeunes, les élèves, les étudiants et les acteurs culturels eux-mêmes.

Quelle place accordez-vous à la mémoire culturelle de Bouaké ?

La mémoire culturelle de Bouaké occupe une place importante dans le projet. La ville a été marquée par des personnalités dont les noms évoquent à eux seuls des pans entiers de son histoire, comme Djibo Sounkalo, André Kafébè, Vignerons Pascual ou Kouamé Black Show.

Il s’agit également de remettre en lumière les édifices qui ont marqué l’histoire de la ville. La Pépinière entend ainsi raviver la mémoire de Bouaké en revisitant son histoire avec ses habitants et en la faisant vivre à travers eux.

Avec quelle équipe comptez-vous y arriver ?

Nous allons nous appuyer sur l’équipe du Centre culturel Jacques Aka ainsi que sur le personnel de la Direction régionale de la Culture du Gbêkê. Ces acteurs présents sur le terrain ont vocation à poursuivre leur action au-delà du projet.

Nous prévoyons également de recruter des jeunes de la région du Gbêkê, qui interviendront comme ambassadeurs communautaires, en complément de l’équipe du MASA.

Quels résultats attendez-vous au terme des trois années ?

Très sincèrement, nous souhaitons qu’au terme de ces trois années, les habitants de Bouaké s’approprient le Centre culturel Jacques Aka comme un bien personnel. Il ne faut pas qu’ils se déconnectent de ce lieu.

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La Pépinière doit contribuer à faire émerger une dynamique et un héritage sur lesquels le centre pourra s’appuyer pour repartir sur de nouvelles bases et proposer une offre culturelle plus dynamique aux populations.

Il faut que chaque habitant sache qu’il peut se rendre à Jacques Aka pour organiser un anniversaire, célébrer un mariage ou simplement lire un livre. Ce centre doit être un lieu ouvert à toutes et à tous, qui occupe une place dans le quotidien et dans l’imaginaire des habitants.

Où en est aujourd’hui le projet ?

Le projet a déjà démarré avec son lancement officiel. Je suis actuellement à Abidjan (NDLR :8octobre) pour informer les institutions concernées avant le déploiement des activités à Bouaké. Cette phase préparatoire durera deux semaines, après quoi je m’installerai à Bouaké pour échanger avec les communautés et les artistes afin de construire ensemble les activités du projet.

Un dernier mot ?

Je voudrais remercier le directeur général du MASA pour la confiance qu’il m’accorde en me confiant le pilotage de ce projet, après les deux années que j’ai passées à la tête du MASA Lab. J’aborde cette nouvelle aventure avec enthousiasme, car elle représente une belle occasion d’apprendre et de grandir à travers des actions concrètes sur le terrain.

Je tiens également à remercier mes collègues du MASA. Je serai peut-être le visage visible de la Pépinière, mais derrière moi, il y a toute une équipe mobilisée. Je sais pouvoir compter sur son soutien dans cette nouvelle aventure.

Texte : Mano

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