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Bini Ouattara Daouda : « L’Adayé Kessié, une culture de paix et de fraternité »

Dans une interview accordée à Abidjan Planet, Bini Ouattara Daouda, commissaire général du festival Adayé Kessié et président de la fondation éponyme, revient sur la portée culturelle et sociale de cette célébration du patrimoine bron. Pour sa 10e édition, prévue du 24 au 28 novembre, le festival entend renforcer les alliances interethniques, favoriser la transmission des traditions aux jeunes et valoriser les richesses culturelles du Gontougo.

Que signifie « Adayé Kessié » ? Quelle est l’origine de cette fête ?

L’Adayé Kessié, c’est la fête du trône bron. C’est une fête ancestrale, liée notamment à la découverte de l’igname Kponan. Selon la tradition, en période de famine, Giéné aurait découvert ce tubercule et demandé au roi l’autorisation de le consommer. Après une période d’observation, les enfants, puis les populations et les dignitaires, ont été autorisés à en manger. La consommation par le roi venait en dernier. C’est ainsi que se sont installés les rites qui accompagnent la fête des ignames.

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Chaque année, avec les premières ignames, nous rendons hommage à nos ancêtres et prions pour que l’année suivante soit meilleure. Mais l’Adayé sert aussi à réunifier le royaume : avant la fête, il faut réconcilier les familles et les villages en palabre. C’était également un moment où l’on récompensait les jeunes qui s’étaient distingués au champ.

Quel est le rôle de la Fondation Adayé Kessié ?

L’Adayé traditionnel a connu 35 ans d’interruption dans sa forme populaire, à la suite de problèmes de succession au sein de la royauté. Pourtant, les rites continuaient à être accomplis chaque année, mais discrètement. J’ai donc demandé, avec d’autres, la permission du roi et des chefs traditionnels pour réveiller le festival.

Après les premières éditions, nous avons compris qu’il fallait une fondation pour mobiliser les ressources humaines et financières. Nous organisons aujourd’hui un rassemblement populaire où les filles et les fils de la région peuvent se retrouver, quelles que soient leurs origines. Le royaume bron compte douze ethnies, auxquelles s’ajoutent d’autres communautés de Bondoukou et du Gontougo.

Quelles sont les particularités de cette 10e édition ?

Nous voulons réunir les peuples akans de Côte d’Ivoire et nos alliés, notamment les Koulango de Bouna, les Dioula de Kong et les Sénoufo. À partir de la troisième édition, nous avons élargi le festival aux autres communautés du Gontougo, parce que le royaume s’est construit autour d’alliances entre douze ethnies. Nos ancêtres ont compris que les guerres divisaient les peuples et qu’il fallait apprendre à vivre ensemble.

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Depuis la quatrième édition, nous allons aussi jusqu’au Ghana, où vivent nos parents et nos cousins. Pour le royaume, la frontière ne doit pas nous séparer. Nous avons mené une caravane dans plusieurs villes pour rencontrer les peuples et leur remettre les invitations. Ils ont promis d’être présents.

Que représentent les alliances entre les peuples ?

Les alliances sont des pactes de non-violence. Elles sont le socle de la cohésion sociale : quand deux peuples sont alliés, ils ne doivent pas faire la palabre entre eux. Ils partagent un langage de convivialité et de paix.

La Côte d’Ivoire a besoin de cela. Ce qui se passe dans le Gontougo, nous voulons le faire connaître ailleurs pour que le pays puisse s’en inspirer. Grâce à la diplomatie coutumière, même quand il y a des problèmes, on peut s’asseoir, discuter et s’entendre. C’est cette culture de paix que nous voulons promouvoir.

Quels éléments du patrimoine souhaitez-vous préserver et transmettre ?

Dans le royaume bron, chacun a sa place et son rôle : la lignée royale, les chefs de province, de canton, de tribu et de village. La transmission se fait par les familles et dans le respect de l’organisation traditionnelle. Chacun sait où il doit se situer, comme dans une institution où chaque composante a sa fonction.

Il y a aussi la fête des ignames. Pour nous, l’Adayé Kessié doit être comme Noël ou Pâques : un moment où les familles se retrouvent. C’est ce que nos ancêtres nous ont laissé de plus cher, un retour à notre identité. Je souhaite que cette fête devienne une identité régionale qui rassemble les communautés au lieu de les diviser.

Comment comptez-vous motiver la jeunesse et l’intéresser aux traditions ?

Je suis content que vous posiez cette question. Depuis que l’Adayé Kessié a remis en valeur les us et coutumes, d’autres festivals se sont développés dans le Gontougo. Nous voulons que les organisateurs se retrouvent autour de cette dynamique.

Nous avons prévu des journées dédiées à la jeunesse, avec des débats sur la transmission entre générations, des activités de plantation et de conservation des forêts sacrées, ainsi qu’un grand panel. Il faut aussi travailler avec les jeunes, qui ont tous un smartphone aujourd’hui, et leur permettre de proposer des idées. Nous collaborons avec l’université de Bondoukou pour donner une dimension scientifique à cette valorisation du patrimoine.

Quelles retombées concrètes le festival apporte-t-il aux artisans et aux producteurs ?

Le festival leur apporte une visibilité, mais il ne dure que quatre ou cinq jours. Notre rêve, c’est de créer un village artistique Adayé Kessié et un musée, pour que les artisans puissent s’installer durablement. Aujourd’hui, ils viennent, vendent leurs produits puis repartent. Il nous faut un lieu fixe qui soit aussi une destination touristique, afin que les visiteurs puissent découvrir leur savoir-faire et acheter leurs créations.

Quels sites souhaitez-vous mettre en avant sur le plan touristique ?

Chaque année, nous faisons découvrir un nouveau site. Cette fois, nous voulons mettre en avant le musée et la ville de Bondoukou. Il y a aussi des éléments culturels à découvrir, comme les danses Sakrabotu et Kroubi. Nous avons prévu une journée de la diplomatie, avec des ambassadeurs et des rencontres B2B.

Où en êtes-vous dans la mobilisation des communautés ?

Nous avons mobilisé beaucoup de communautés. Mais inviter les gens ne suffit pas : il faut que le royaume bron sache les accueillir. Des villes et des villages du Gontougo seront donc des villes et villages hôtes, pour que les invités ne soient pas tous logés à Tabagne.

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Nous voulons qu’ils vivent pleinement l’hospitalité du royaume, qu’ils partagent le quotidien de leurs alliés pendant quelques jours. Les populations du Gontougo ont donné leur accord et, jusqu’à présent, aucun peuple invité ne nous a annoncé son absence.

Quels seront les temps forts du festival, du 24 au 28 novembre ?

Le 24 novembre sera consacré aux sponsors — entreprises, ministères et institutions — pour les remercier de leur appui. Les peuples invités présenteront ensuite leur culture et leur savoir-faire, tandis que les communautés du Gontougo feront découvrir les leurs. Il y aura des concours de danses traditionnelles et des activités dédiées à la jeunesse.

À Bondoukou, la journée de la diplomatie comprendra notamment une cérémonie au monument aux morts, en présence d’ambassadeurs, de militaires et d’anciens combattants. Nous organiserons aussi un panel à l’université. À Tabagne, le public pourra assister au concours du meilleur porteur de pagne, qui met en valeur les différentes façons de le porter selon le statut, ainsi qu’au concours de la plus belle femme Adayé Kessié.

Avec quel héritage souhaitez-vous que les invités repartent ?

Je voudrais d’abord qu’ils se sentent tellement chez eux qu’ils n’aient pas envie de repartir. J’ai confiance en mes parents du Gontougo et du royaume bron : nous savons accueillir. J’aimerais que les invités repartent avec cette fraternité et que chacun puisse se sentir chez lui partout en Côte d’Ivoire.

Je veux aussi ouvrir une fenêtre sur la découverte de notre pays. Les Ivoiriens ne voyagent pas assez chez eux. Pourquoi dépenser des millions pour envoyer les enfants en colonie de vacances en Europe, alors qu’on peut leur faire découvrir Korhogo, le peuple sénoufo, Daloa, la Comoé et tant d’autres endroits ? Pourquoi ne pas prendre nos congés en famille pour découvrir la belle Côte d’Ivoire ?

Texte : Mano

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